Edito Jean Leonetti
Chers amis d’anthéa,
Il est des lieux qui, au fil du temps, s’imposent naturellement. anthéa est de ceux-là. Non seulement parce qu’il a trouvé sa place dans le paysage culturel, mais parce qu’il a su tisser un lien singulier avec son public, fait de fidélité, de curiosité et d’émotions partagées.
À chaque nouvelle saison, anthéa relève un défi subtil. Surprendre sans désorienter, proposer sans exclure, ouvrir des horizons tout en restant accessible. Grands spectacles, découvertes inattendues, créations originales et oeuvres du répertoire composent une programmation cohérente, pensée pour rassembler et éveiller.
Cette ambition se traduit concrètement. Dix-sept spectacles seront créés et produits à Antibes pour la saison 2026-2027. C’est un signal clair. Celui d’un théâtre qui accompagne les artistes, qui fait naître des oeuvres et qui participe pleinement à la vie culturelle nationale. La présence d’artistes majeurs, de Michèle Laroque, Muriel Robin, de Jean Reno, ou encore de Michel Jonasz, témoigne de cette vitalité et de cette attractivité.
Rien de tout cela ne serait possible sans une direction artistique cohérente et fidèle à un cap. Je veux ici rendre hommage à Daniel Benoin, qui a su donner à anthéa son identité et sa singularité. Je tiens également à saluer l’ensemble de ses équipes. Leur engagement quotidien, leur sens du détail et leur attachement au public font la réussite de ce lieu.
Mais anthéa ne serait pas ce qu’il est sans une conviction simple. La culture doit être accessible à tous. Avec la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis, nous y veillons en portant une attention particulière aux jeunes, aux scolaires et à tous ceux qui franchissent pour la première fois les portes du théâtre.
Les résultats sont là. 16 000 abonnés, plus de 92 % de remplissage et un objectif de 170 000 spectateurs. Ces chiffres traduisent une dynamique collective et un attachement profond. Les espaces de restauration, pleinement investis, prolongent cette expérience en faisant d’anthéa un véritable lieu de rencontre et de convivialité.
Ce que nous poursuivons, au fond, est simple et essentiel. Faire d’anthéa un lieu où l’on vient pour découvrir, mais aussi pour se retrouver. C’est cette ambition, fidèle et constante, qui continuera de guider chacune des saisons d’anthéa.
Edito Daniel Benoin
La quatorzième saison d’anthéa... déjà ! Outre le temps qui passe, ce chiffre me sidère : c’est pour moi une formidable surprise de voir un théâtre encore jeune être dans la position où il est actuellement dans le paysage culturel régional et national. Ce qui me touche, c’est que le public a compris l’essentiel de notre volonté : tenir compte non pas uniquement des goûts dominants, mais chercher sans discontinuer des interactions entre les formes d’art. Anthéa m’a permis de ne pas mettre en valeur tel ou tel secteur de création, mais de les embrasser tous, et de suivre les évolutions profondes du spectacle vivant, afin de présenter des projets nouveaux, parfois méconnus, parfois ardus même, et qui souvent ne sont même pas encore montés au moment où nous les choisissons. Par les modalités d’abonnement et la proposition toujours plus variée, les spectateurs ont accepté d’élargir leur curiosité, et découvrir des oeuvres qu’ils ne seraient peut-être pas allés voir d’eux-mêmes. Je vous remercie pour votre goût de la découverte, pour nous suivre avec fidélité et appétit. C’est ce qui me rend le plus heureux, et me nourrit en tant que directeur.
Cette volonté de mélange gouverne une fois encore notre programmation pour la saison nouvelle. À commencer par une quinzaine de spectacles produits ou coproduits par anthéa, dont Laponie, avec François-Xavier Demaison, L’Âge bête, avec Michèle Laroque et Kad Merad, Scripto de Gilles Costaz, tous trois créés à anthéa avant d’être joué à Paris, 22 minutes de Benoit Solès ou encore une conférence théâtralisée sur l’affaire Dreyfus et le Casse-Noisette de Gallotta. Citons également le nouveau spectacle de Muriel Robin, là aussi créé à anthéa, James Thierrée, Zabou Breitman pour leur nouvelle création, et une installation unique de Fabien Chalon. Un spectacle du Collectif 8, troupe associée à anthéa, inspiré de Blade Runner et Clément Althaus qui proposera un spectacle musical sur Rimbaud.
Outre ces productions, de grands moments s’annoncent, comme la reprise du chef-d’oeuvre de Florian Zeller, Le Père, avec Pierre Arditi, la venue de Pierre Richard, toujours étonnant, ou de Clovis Cornillac dans Mur Mure. Le spectacle Maintenant, je n’écris plus qu’en Français sera selon moi un instant fort de la saison, tout comme la nouvelle mise en scène d’En attendant Bojangles, avec Charlie Dupont. Notons encore le retour du poète Abd Al Malik et un formidable hommage à Nina Simone, dans le cadre du Festival de Danse de Cannes. De même, l’incroyable Michel Jonasz, la fabuleuse Zazie, l’immense Jean Reno. Et puis Thierry Frémaux, dans une évocation des frères Lumière.
Quelques échos lointains de mon passé marqueront le renouveau de cette nouvelle année. Je suis très heureux et fier par exemple de recevoir la dernière pièce créée par Bob Wilson, avec Isabelle Huppert, que nous serons les seuls à présenter après Tokyo et avant Paris. Isabelle a commencé avec moi en 1973 au festival de Chiraz-Persépolis, en même temps que Bob Wilson présentait un spectacle qui durait sept jours et sept nuits ! Ces retrouvailles me sont chères. D’autres reviennent, comme Dedienne, qui ose chanter pour la première fois. De même, Darroussin et Murillo, qui sont pour moi des comédiens magnifiques, se retrouvent réunis par mon cher ami Grumberg, et me renvoient à nos anciennes collaborations. Je pense aussi à Michel Jonasz, que j’ai rencontré quand je me suis lancé dans le théâtre, et qui était alors un tout jeune comédien. Les fidèles sont toujours là, Berléand (plus de 10 pièces ensemble !), Arditi, Cristiana Reali dans une incarnation incroyable de Simone Veil, Cornillac, Boujenah... On retrouvera également Aurélie Saada, mon inoubliable interprète de Personne d’autre. Jeux d’échos encore, miroirs volontaires, avec des artistes qui seront présents deux fois cette année : Édouard Baer, Max Boublil, Benoit Solès. De même, deux spectacles de la Comédie-Française la même semaine – l’un dans la grande salle, l’autre dans la petite, et deux hommages à l’éternelle Barbara, pour laquelle j’éprouve un amour infini.
C’est pour ces amitiés, rencontres, croisements et passages, que je pense pouvoir encore être utile à ce théâtre. Belle saison à tous, et rendez-vous l’an prochain pour le quinzième anniversaire d’anthéa.