Scripto

Scripto

Enfin un brillant face à face entre l’artiste et la critique

l’histoire

Assis au fond d’un théâtre, un carnet sur les genoux, il ne parle presque pas. Il regarde. Il écoute, note. Scripto. Un nom bref, sec, comme le bruit d’une plume qui griffe le papier. Chez lui, rien n’est innocent. Il observe les acteurs comme d’autres dissèquent des corps. D’une phrase, il peut consacrer ou condamner au silence. À force de traquer les failles des autres, il a muré les siennes. Son cœur bat plus lente ment. Son sang semble s’être changé en encre. Et puis il y a Thérèse Dorimont, la vivante, l’actrice. Celle qui brûle. Elle a été Phèdre, Andromaque, Médée. Elle a pleuré, haï, aimé pour des centaines de femmes. À force d’habiter tant de vies, la sienne se fissure. Qui est-elle, lorsque le rideau tombe ? Là où Scripto se protège, Thérèse s’expose. C’est un face-à-face entre deux manières d’être au monde : le regard contre la chair, la maîtrise contre l’abandon, l’encre contre le feu. Dans ce théâtre de miroirs et d’illusions, les mots prennent le pouvoir. Mais à force de tout observer, de tout juger, de tout écrire… que reste-t-il de soi ? Et que reste-t-il de nous lorsque quelqu’un d’autre tient la plume ?

ce qu’ils en disent

Les artistes et les critiques s’entendent comme chiens et chats, c’est connu, et il est rare qu’on les représente, dialoguant ou s’affrontant, sur une scène de théâtre – de grands auteurs comme Ionesco ou Anouilh s’emparèrent de ce sujet, mais fort peu, sans doute parce que personne ne pourra être à la hauteur d’un Molière narguant ses adversaires dans La Critique de l’École des femmes. De nos jours le langage est devenu violent, les bisbilles filmées à bout portant. Alors, allons-y, mais pas pour le seul plaisir de la querelle. Essayons de rester dans la comédie mais d’entrer au plus profond dans les têtes et les vaisseaux sanguins d’une grande actrice blessée et d’un journaliste sévère au moment où la parution d’un article tronqué les pousse à un duel fait de fureur et d’estime mutuelle. Ils devraient aller à l’extrême de leur vérité sous le regard d’un troisième personnage s’immisçant parfois dans la bataille. Gilles Costaz