texte Gilles Costaz
mise en scène Jacques Connort
avec Sophie Tellier, Pierre Forest, Sophie Gourdin
décor Jean-Christophe Choblet
costumes Sophie Visentin
lumières de Daniel Benoin
création et coproduction anthéa théâtre d'Antibes, compagnie Racines des étoiles
spectacle créé à anthéa
l’histoire
Assis au fond d’un théâtre,
un carnet sur les genoux, il ne parle
presque pas. Il regarde. Il écoute, note.
Scripto. Un nom bref, sec, comme le
bruit d’une plume qui griffe le papier.
Chez lui, rien n’est innocent. Il observe
les acteurs comme d’autres dissèquent
des corps. D’une phrase, il peut consacrer ou condamner au silence. À force de traquer les failles des autres, il a muré les siennes. Son cœur bat plus lentement. Son sang semble s’être changé
en encre. Et puis il y a Thérèse Dorimont, la vivante, l’actrice. Celle qui brûle. Elle a été Phèdre, Andromaque, Médée. Elle a pleuré, haï, aimé pour des centaines de femmes. À force d’habiter tant de vies,
la sienne se fissure. Qui est-elle, lorsque le rideau tombe ? Là où Scripto se protège, Thérèse s’expose. C’est un face-à-face entre deux manières d’être au monde : le regard contre la chair, la
maîtrise contre l’abandon, l’encre contre le feu. Dans ce théâtre de miroirs et d’illusions, les mots prennent le pouvoir. Mais à force de tout observer, de tout juger, de tout écrire… que reste-t-il de
soi ? Et que reste-t-il de nous lorsque quelqu’un d’autre tient la plume ? Jacques Connort
ce qu’ils en disent
Les artistes et les critiques s’entendent comme chiens et
chats, c’est connu, et il est rare qu’on les
représente, dialoguant ou s’affrontant,
sur une scène de théâtre – de grands
auteurs comme Ionesco ou Anouilh
s’emparèrent de ce sujet, mais fort peu,
sans doute parce que personne ne
pourra être à la hauteur d’un Molière
narguant ses adversaires dans La
Critique de l’École des femmes. De nos
jours le langage est devenu violent, les
bisbilles filmées à bout portant. Alors,
allons-y, mais pas pour le seul plaisir de
la querelle. Essayons de rester dans la
comédie mais d’entrer au plus profond
dans les têtes et les vaisseaux sanguins
d’une grande actrice blessée et d’un
journaliste sévère au moment où la parution d’un article tronqué les pousse à un
duel fait de fureur et d’estime mutuelle.
Ils devraient aller à l’extrême de leur
vérité sous le regard d’un troisième personnage s’immisçant parfois dans la
bataille. Gilles Costaz
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