Clara Haskil, prélude et fugue

Clara Haskil, prélude et fugue

laetitia casta, pianissima
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l’histoire

On ne peut pas décrire le grand piano. Et cela est peut-être encore plus vrai dans le cas de Clara Haskil dont la subtilité de jeu, le raffinement et la maîtrise résistent aux mots. Celle que son ami Chaplin tenait pour l’un des trois génies du siècle avec Einstein et Churchill, celle en qui le pianiste Dinu Lipatti voyait « la somme de la perfection sur terre » est une figure presque inabordable. C’est pourtant le défi qu’a voulu relever Serge Kribus dans sa nouvelle pièce. Et pour l’incarner il fallait l’aura d’une diva : c’est à Laetitia Casta, qu’il avait dirigée dans Scènes de la vie conjugale de Bergman, que Safy Nebbou a confié ce très beau rôle. En une soirée elle redonne vie à la trajectoire unique de cet enfant prodige née en 1895 à Bucarest, au génie de l’artiste et aux souffrances de la femme qu’une santé fragile tyrannisa jusqu’à sa mort accidentelle, en chutant dans les escaliers de la gare du Midi à Bruxelles. Là où commence la pièce.

ce qu’ils en disent

Toute sa vie, Clara Haskil a souffert de son corps. Elle donnait parfois le sentiment de pouvoir à peine marcher. Mais une fois assise devant le piano, les mains sur le clavier, elle était transfigurée. Laetitia, c’est quasiment l’inverse : elle est d’une beauté plastique et athlétique que tout le monde connaît. Alors quel rapport entre elles ? Je sens leurs affinités. Quelque chose de profond les lie. À commencer par leur grâce. Elle ne se manifeste pas dans le même domaine, mais chez Clara comme chez Laetitia, elle a à voir avec l’innocence, avec l’enfance. Toutes les deux sont des artistes qui n’ont, en quelque sorte, pas « appris » leur métier. Elles l’ont exercé, développé, mais fondamentalement, leur puissance expressive, qui est tellement sensible et qui touche si fortement les gens, est de nature organique, quasiment animale. Elles sont, comme on dit, des natures. Les corps peuvent différer autant que vous voudrez, mais les sensibilités, les qualités d’âme sont très proches. Safy Nebbou

ce qu’ils en pensent

Une pièce et une héroïne a priori à des années-lumière d’elle. Déjouer les préjugés, surgir là où on ne l’attend pas, semble être justement la vocation de Laetitia Casta. Qui témoigne d’une force de caractère peu commune. Jacques Morice, Télérama
Après Ondine de Jean Giraudoux, Elle t’attend de Florian Zeller, Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman, elle monte pour la quatrième fois sur les planches et réussit là où tant de comédiens venus du cinéma se cassent le nez. Marie-Ève Barbier, La Provence
La réussite de la sobre mise en scène de Safy Nebbou tient aussi à la présence de la pianiste turco-belge Isil Bengi. Mieux qu’une simple accompagnatrice, elle est le miroir musical de Casta et l’autre face de Clara Haskil. Le Journal du dimanche
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